Dans le cadre du programme européen Life Pyrenees4Clima, le Cerema pilote un travail sur l’identification des continuités écologiques à l’échelle de l’ensemble du massif des Pyrénées. Une démarche stratégique importante pour mieux comprendre le fonctionnement des écosystèmes et accompagner ce territoire face aux effets du changement climatique.
Établissement public rattaché au ministère de la Transition écologique, le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) intervient auprès de l’État, des collectivités et des acteurs locaux pour favoriser une transition vers une économie sobre en ressources et décarbonée. Dans le projet Life Pyrenees4Clima, l’établissement est partenaire de l’Observatoire pyrénéen du changement climatique et conduit, avec une équipe dédiée, une étude sur les continuités écologiques du massif, c’est-à-dire le réseau écologique et le déplacement des différentes espèces sur un territoire donné. « Nous avons proposé d’étudier les continuités écologiques à l’échelle du massif, parce que c’est une échelle beaucoup plus cohérente pour comprendre les déplacements des espèces que les périmètres administratifs habituels », explique Vanessa Rauel, responsable d’études biodiversité et aménagement au Cerema.
© Vanessa Rauel
Une approche écologique à l’échelle du massif
Contrairement aux démarches habituellement menées à l’échelle d’une collectivité (commune, communauté de communes ou d’agglomération), le travail du Cerema s’appuie sur l’ensemble du massif des Pyrénées, au-delà des frontières administratives françaises, espagnoles et andorranes. « Le massif des Pyrénées est considéré comme une entité biogéographique à part entière. C’est l’échelle retenue pour le projet Life Pyrenees4Clima, car elle permet d’analyser les continuités écologiques de manière réellement cohérente », souligne Vanessa Rauel. L’objectif est d’établir un diagnostic partagé de la fonctionnalité écologique du massif, en identifiant les réservoirs de biodiversité – des espaces dans lesquels les espèces peuvent accomplir tout ou partie de leur cycle de vie, se nourrir, se reproduire et se reposer – ainsi que les corridors écologiques qui assurent les liaisons et les déplacements entre ces espaces.
Dans un contexte de réchauffement climatique et de transformation rapide des milieux, la capacité des espèces à se déplacer devient déterminante, notamment en montagne. « En montagne, les espèces sont particulièrement impactées par la hausse des températures. Si les écosystèmes ne sont plus connectés, les populations s’isolent, les échanges génétiques diminuent et la biodiversité se dégrade », insiste Vanessa Rauel. Préserver et restaurer les continuités écologiques permet ainsi de garantir les conditions nécessaires à la survie des espèces et au bon fonctionnement des écosystèmes. « Pour que les espèces puissent perdurer, elles doivent pouvoir accomplir leur cycle de vie : se nourrir, se reproduire et se déplacer », résume-t-elle.
© Vanessa Rauel
Une cartographie homogène et enrichie
Pour conduire cette analyse, le Cerema réalise une carte d’occupation des sols précise et harmonisée sur l’ensemble du massif. Près d’une centaine de données, issus de sources françaises, espagnoles et andorranes, sont analysées afin de cartographier finement les milieux naturels, agricoles et urbanisés, les forêts, les cours d’eau ou encore les infrastructures de transport. « Il n’existait pas de carte homogène à l’échelle du massif. Nous avons croisé et harmonisé de très nombreuses données pour obtenir une base commune, suffisamment précise pour analyser la connectivité écologique », explique Vanessa Rauel. Cette base permet ensuite d’identifier les réservoirs de biodiversité et de modéliser les corridors écologiques grâce à la méthode dite du « moindre coût de déplacement ». « On attribue à chaque type de milieu/d’occupation du sol une valeur qui traduit la facilité ou la difficulté pour un groupe d’espèces de s’y déplacer. Le modèle permet ensuite d’identifier les chemins théoriquement les plus favorables entre deux réservoirs de biodiversité », précise-t-elle. Les obstacles (zones urbanisées, stations de ski, infrastructures linéaires de transport) aux continuités sont également identifiés afin d’engager des actions de résorption.
© Vanessa Rauel
Un outil au service de l’action publique
Les cartes produites ont vocation à devenir un socle de connaissance pour l’ensemble des territoires pyrénéens. Elles permettront d’alimenter les documents d’urbanisme, d’orienter les stratégies locales en faveur de la biodiversité et d’accompagner les projets d’aménagement. « Ces résultats peuvent constituer un premier niveau de diagnostic pour des territoires qui ne disposent pas encore de données sur leurs continuités écologiques, et aider à définir des priorités d’action », souligne Vanessa Rauel. Les travaux peuvent ainsi soutenir des démarches de préservation et de restauration des milieux, en lien avec les acteurs locaux. Cela peut se traduire par des actions très concrètes : restaurer des habitats, recréer des haies, préserver des secteurs encore non protégés ou intégrer ces enjeux dans les documents d’urbanisme. À partir de 2028, deux sites pilotes, en France et en Espagne, permettront de tester l’intégration opérationnelle de ces résultats. « L’objectif est de passer du diagnostic à l’action, en expérimentant des mesures de préservation et de restauration des continuités écologiques sur des territoires volontaires », conclut Vanessa Rauel.
Par son approche transfrontalière et méthodologique, le travail mené par le Cerema au sein du programme Life Pyrenees4Clima pourrait ainsi devenir une référence pour d’autres territoires de montagne confrontés aux mêmes enjeux, en particulier dans un contexte d’adaptation au changement climatique.
© Vanessa Rauel