Implanté à Coulounieix-Chamiers (24), Sîlot est à la fois un espace de vie et de création dédié aux cultures urbaines et à l’économie sociale et solidaire. Au cœur des quartiers prioritaires du Grand Périgueux, ce tiers-lieu de 5 000 m² entend répondre à un double enjeu : offrir des espaces d’émancipation pour la jeunesse et renforcer l’attractivité d’un territoire confronté au vieillissement de sa population.
« Le point de départ, c’est une friche industrielle laissée à l’abandon, mais qui se prêtait à énormément de choses », rappelle Julie Andraud, directrice générale de la société publique locale qui gère le site. Dès 2014, une large concertation est alors engagée avec les acteurs associatifs du territoire. De ces échanges naît l’idée d’un pôle hybride, mêlant sport, culture, création artistique et initiatives citoyennes. « On s’est vite rendu compte que beaucoup d’associations reposaient sur des équilibres très fragiles, liés notamment à un manque d’infrastructures. Sîlot devait aussi devenir un lieu totem de l’économie sociale et solidaire », souligne-t-elle.
Parmi les figures historiques du projet, Jérôme Masson, aujourd’hui responsable de l'association All Board Family, située dans la halle 7 dédiée au skate-park, fait partie des précurseurs. Dès 2002, il est à l’origine du Hangar, lieu de glisses urbaines, et d'un festival de cultures urbaines qui a contribué à poser les premières pierres du projet en attendant la sortie de terre du Sîlot. « À l’époque, on bricolait avec peu de moyens, mais avec une vraie envie de créer un lieu pour la jeunesse. Voir aujourd’hui ce projet aboutir, c’est une immense fierté », confie-t-il.
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Construction exemplaire et ambition environnementale
Le choix du site s’inscrit dans une logique de sobriété foncière. Ancienne friche industrielle puis camp militaire américain depuis 1917, le terrain, propriété du Grand Périgueux, présentait des pollutions héritées de son passé. Leur traitement a été un véritable défi. « Nous avons combiné confinement, excavation des terres polluées et création d’un jardin de la résilience dédié à la phytoremédiation. L’objectif est d’en faire un laboratoire à ciel ouvert », explique Julie Andraud. Le projet architectural, signé par l’architecte Benoîte Doazan, intègre de fortes ambitions environnementales : panneaux photovoltaïques en autoconsommation, récupération des calories d’une source naturelle pour le chauffage et le rafraîchissement, et utilisation d’eau pluviale pour les sanitaires. Cette démarche se prolonge dans l’aménagement intérieur, où tout le mobilier est issu du réemploi, à partir de casiers de piscines détournés ou de pièces réalisées en bardage recyclé.
Le Sîlot est géré par une société publique locale, détenue par le Grand Périgueux et la commune de Coulounieix-Chamiers. Les structures accueillies sont sélectionnées par appel à manifestation d’intérêt et doivent être contributrices de la vie du lieu. « Nous ne sommes pas une maison des associations. Ici, chacun doit participer à un écosystème collectif », précise Julie Andraud. L’ouverture du site se fait de manière progressive depuis novembre, au rythme de l’installation des résidents.
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Un écosystème vivant et des projets d’avenir
La quarantaine d’associations résidentes partagent un socle commun de valeurs, au premier rang desquelles l’émancipation. « Qu’il s’agisse de danse, de sport, d’accompagnement social ou de création artistique, toutes œuvrent à redonner confiance et pouvoir d’agir », résume Julie Andraud.
Sur près de 5 000 m² organisés autour de sept halles thématiques, Silôt déploie une grande diversité d’activités qui font sa singularité. La halle 1 est dédiée à l’accueil du public et aux espaces de coworking, favorisant le travail collaboratif. La halle 2 accueillera un bar ainsi que quatre corners de restauration et une cuisine pédagogique. La halle 3, espace de diffusion culturelle, abrite un auditorium baptisé du nom de Marie‑Aude Clément, cheffe de projet engagée ayant œuvré pour l'ouverture du lieu. Doté prochainement d’une scène modulable, il accueillera conférences, concerts, expositions et résidences artistiques. La halle 4 est consacrée à l’économie créative et à la recyclerie, avec des ateliers d'artistes, des espaces de fabrication et de stockage, des actions de réemploi et des initiatives d’upcycling. La halle 5 est tournée vers l’expression corporelle et artistique, avec un espace dédié à la danse et un autre aux arts martiaux. La halle 6 propose un large éventail d’activités sportives et de bien‑être, du parkour à la gymnastique, du yoga au taï‑chi, et accueillera prochainement un studio de podcast destiné à réaliser des portraits des acteurs du Silôt. Enfin, la halle 7 est entièrement dédiée au skate‑park, avec près de 850 m² en intérieur et un bowl extérieur de même surface. Déjà plébiscité, l’équipement compte environ 250 adhérents depuis l’ouverture. Ses créneaux élargis, plus tardifs que dans l’ancien équipement, le rendent plus accessible. Début janvier, l’équipe de France de skate est même venue s’y entraîner, confirmant le rayonnement national du site et la qualité de l’infrastructure.
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Un lieu ouvert sur l'avenir
De nouveaux équipements viendront enrichir l’offre dans les prochains mois, avec l’installation de terrains de street tennis et d’un terrain de basket 3x3. La dynamique d’émancipation se décline au travers des pratiques sportives et corporelles. Sabrina, future résidente, y proposera prochainement du coaching autour de la boxe anglaise, le Brain Boxing, avec pour objectif de se réapproprier son corps et de renforcer la confiance en soi. « La boxe, ce n’est pas seulement un sport de combat. C’est un outil pour reprendre confiance, se réapproprier son corps et apprendre à poser ses limites », explique-t-elle.
Plus qu’un équipement, le Sîlot est un lieu hybride ouvert, qui crée des rencontres et permet à des publics très différents de se côtoyer.
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Pour ce projet, le Grand Périgueux a obtenu deux aides de la part de la Région Nouvelle-Aquitaine dans le cadre de son Contrat de dynamisation et de cohésion du territoire d'Isle en Périgord. Une première aide de 967 000 euros a été versée en 2019, soit 29,69 % du montant des dépenses prévisionnelles. En 2023, une seconde aide a été versée d'un montant de 533 000 euros.