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Le Lionbot de la Région Nouvelle-Aquitaine

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Temps de lecture 8 minutes
actualité

Le Battement d'ailes : de l'agroécologie au tiers-lieu

Après plus de 15 ans d’existence, le Battement d’ailes se réinvente. L’association multi-activités, centrée autour de l’agroécologie, change de fonctionnement, fait place à de nouvelles associations dans son projet et devient tiers-lieu.

Publié le lundi 12 avril 2021
  • #Économie territoriale
  • #Vie associative
  • #Environnement
  • #Particulier

On laisse la voiture à quelque distance du grand bâtiment, un chemin serpente entre les parterres qui mêlent fleurs, petits fruits et légumes. Une poignée de bénévoles est là qui défriche dans la bonne humeur en prenant des conseils de temps à autre auprès de Pascal, un des fondateurs du lieu, formateur en agroécologie. Derrière eux, le beau bâtiment du Battement d’ailes. Un long vaisseau bioclimatique en structure en Bois « poteaux poutres », des gîtes à une extrémité, murs trombes en pierre et terre qui captent le soleil d’hiver pour en restituer la chaleur et débords de toit pour stopper les rayons d’été. A l’autre extrémité, une salle d’activité aux beaux volumes, parquet en Bois et mur en chaux et chanvre. La salle est dédiée aux activités collectives, résidences ou spectacles. Entre les deux, la salle commune, adossée à une cuisine pro qui n’a rien à envier à celle d’un grand restaurant, un Bar et, à l’étage, une pièce de repos entourée de bibliothèques.

Pratiques agroécologiques

Le bâtiment domine La Vallée et la vue porte loin. Tout autour, les yourtes, des petites constructions, trois grandes serres. Un peu à l’écart, un micro hameau de yourtes et caravanes pour les habitants temporaires ou de passage, et même une tiny house fabriquée par Julien, menuisier, qui vit là depuis des années. Juste au-dessus des terrasses où s’épanouissent fruitiers et petits fruits le long des bandes potagères, une belle ferme corrézienne au toit d’ardoise où vit Pascal et enfin, les ateliers.

Les volontaires s’activent sur les plates-bandes. Pascal relève au passage les noms de chacune des plantes rencontrées, adventices ou à garder. Ils binent, arrachent et grattent. « On va refaire des plantations, n’hésitez-pas à enlever le maximum », conseille-t-il. Sarah, qui habite sur place et Ambre, une des salariés du lieu, se désolent d’avoir grandi en ville et de « ne rien y connaître aux plantes et au jardinage. » Justement, ce genre de petits ateliers est là pour y remédier. Le tracteur charge les végétaux éliminés pour les envoyer vers l’un des imposants composts au fond du pré.

Le Battement d’ailes occupe le lieu depuis 2005. « Mais le bâtiment n’a vu le jour qu’en 2012 », précise Pascal. « On a commencé par une première construction en paille pour le camping puis on a mis les yourtes, le bâtiment en fuste, une serre et commencé à aménager les terrasses en verger et jardin. Tout ça en l’espace de 4-5 ans, pour pouvoir commencer à travailler, tester l’activité et rentrer un peu de sous. » L’association s’est créée autour des pratiques agroécologiques, mais aussi des projets culturels et des stages. Pour financer les activités, elle développe aussi la location de toilettes sèches aux festivals, multiplie les ateliers auprès de tous les publics, fait de la restauration.

Le_battement-d'ailes_Cornil

Repenser un nouveau modèle

Le Battement d’ailes a connu plusieurs générations de bénévoles et de salariés. Au fil du temps, les envies se sont un peu émoussées. L’occasion de repenser le modèle et d’entamer une nouvelle mue. Certaines activités ont été arrêtées et, depuis le début de l’année, la gouvernance de l’association a changé. Le mode autogestionnaire, qui prévalait jusqu’alors, fait place à une plus large consultation de l’ensemble des associations qui utilisent ponctuellement les espaces du lieu. « Nous nous sommes dit qu’il fallait leur donner plus de place dans la gestion et le devenir du lieu », note Ambre. Une collégiale, c’est-à-dire un groupe au même niveau de responsabilité qui représente l’association, continuera toujours à représenter légalement l’association auprès des institutions, une volonté d’horizontalité qui est « dans l’ADN du projet ». Une Agora est créée, composée des représentants d’associations satellites et de « toutes les volontés ». Elle donne ses grandes orientations au lieu. A côté, un comité de pilotage gère les affaires courantes, appuyé par des commissions thématiques.  « C’est un système très responsabilisant, fait d’engagement réciproque, qui respecte la voix de chacun sur la prise de décision », se félicite Ambre.

Une constellation associative

Pour contribuer à faire évoluer le projet, d’autres associations satellites ont été créées. Comme Hortiphonie, il y a 5 ans, pour étendre la connaissance du vivant et la création de jardin aux écoles, IME (instituts médico-éducatifs), maison d’arrêt ; comme Mosaik, il y a 4 ans, pour accueillir sur le site des personnes connaissant des difficultés dans leur parcours de vie, et qui organise aujourd’hui des stages en immersion pour faciliter l’intégration de personnes réfugiées ; et comme la Ferme commune, il y a 2 ans. 

C’est la Ferme commune qui gère les vergers et l’élevage : les fruits et légumes sont tous transformés et vendus en partie au marché organisé sur place chaque vendredi, mais aussi par le site cagette.net avec l’association voisine La Dépaysante. Les productions approvisionnent même les épiceries locales. Pour diversifier la gamme et augmenter la production, un salarié est recruté en avril. « Pour l’instant, l’association est en phase d’expérimentation pour mûrir plusieurs projets », résume Pascal. Un atelier Bois collectif devrait voir le jour l’an prochain. « Nous gérons une forêt dans laquelle nous avons coupé quelques arbres qui vont nous servir à construire le bâtiment qui hébergera la scierie associative. » Dans un second temps, c’est une outithèque qui est prévue, une bibliothèque d’outils « qui mettra à disposition les outils dont on a besoin ponctuellement ou qui sont trop chers pour un achat par un particulier, comme une fendeuse, des perforateurs, une bétonnière ou un fourgon. Après le temps de lancement, les activités pourront s’autonomiser ou décider de rester dans le giron de l’association. »

Se faire labelliser tiers-lieu

Aux activités de la Ferme commune, il faut ajouter les ateliers de bal traditionnel, le Bar des voisins (tout est dans le titre), l’activité de massage énergétique, ou encore l’initiation à la cuisine végétarienne. Le Battement d’ailes s’est recentré sur la coordination du lieu et l’organisation plusieurs fois par an d’un stage d’immersion de 12 jours qui mêle construction, foresterie, agroécologie, cuisine… où chacune des associations est invitée à intervenir. « Toujours l’idée de la mise en réseau », rappelle Ambre. Les activités et l’usage des lieux se font à « prix conscient » : les usagers sont informés du coût de revient et chacun donne ce qu’il peut. « Un système qui marche. »

Le prochain chantier d’immersion apportera sa touche au futur espace de coworking. Les membres de l’association ont trouvé logique de demander la labellisation tiers-lieu à la Région. « On voudrait apporter une autre dimension avec la partie agricole et culturelle qu’on développe. »

Signe de l’évolution, le nom « Le Battement d’ailes » laisse la place à celui de « La colline de Lauconie », « un lieu où les gens se rencontrent et travaillent ensemble autour d’un bel outil. Ça marche aussi plutôt bien pour un tiers-lieu, non ? »

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