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Le Lionbot de la Région Nouvelle-Aquitaine

Femme jardinant à la ferme de Valojoulx
Temps de lecture 6 minutes
actualité

Les Jardins de Valojoulx ouvrent la Dordogne à l’agroforesterie

territoire

Périgord Noir

Un maraîcher de Valojoulx teste un modèle agricole vertueux associant arbres et cultures. Une façon de répondre aux enjeux actuels de la profession, notamment écologiques.

Publié le mercredi 9 novembre 2022
  • #Agriculture
  • #Bio
  • #Environnement
Portrait de Marc Houtman, maraicher

Valojoulx : charmant village d’à peine 300 âmes presque caché au coeur des denses forêts du Périgord Noir. Depuis 2 ans, la commune attire l’attention de jeunes agriculteurs et d’agronomes comme le très réputé Hervé Coves. La raison de cette curiosité ? Marc Houtmann ! Ce maraîcher de 36 ans applique sur une partie de son exploitation les principes de l’agriculture syntropique également appelée agroforesterie dynamique ou encore régénérative.

L'agriculture syntropique
Le site de l'association française d'agroforesterie donne la définition suivante : "Inspirée de l’organisation des écosystèmes forestiers, l’agriculture syntropique permet la restauration des sols et de la végétation sur des terres dégradées et appauvries. Elle favorise par la même occasion une meilleure résilience du milieu et des plantes cultivées faces aux aléas climatiques (sécheresses et vagues de chaleur par exemple)."

La découverte d'Ernst Götsch

Chantier bénévole pour la mise en place du jardin

Le scientifique suisse Ernst Götsch a beaucoup travaillé sur ce modèle. Etabli au Brésil dans les années 1980, il a mené des expérimentations sur 500 hectares de terres arides redevenues fertiles grâce au développement de tout un écosystème autonome. La plantation d’arbres au milieu des cultures amène un enrichissement du sol, une meilleure infiltration de l’eau, une plus grande biodiversité…

« J’avais déjà été confronté aux gels tardifs, à la sécheresse, aux débordements du cours d’eau voisin mais quand un orage de grêle en juin 2020 a détruit l’intégralité de mes cultures, je me suis senti découragé au point de vouloir tout abandonner » raconte avec une voix douce Marc, installé à Valojoulx depuis 2018. « Et puis j’ai découvert par hasard les travaux d’Ernst Götsch. Ma motivation est revenue d’un coup ».

Energie communicative

Fruits et légumes au local des Jardins de Valojoulx

Epaulé par la maire, Nathalie Manet-Carbonnière, Marc monte alors un dossier de demandes de subventions afin de financer son propre projet d’agroforesterie, conçu comme une aventure collective. Deux anciens élèves d’Ernst Götsch commencent par venir assurer une formation ouverte à tout le monde. « Nous avions prévu 15 places. Nous avons eu finalement 40 inscrits de la France entière. Certains ne sont pas repartis pour s’installer ici ».

Voilà le point de départ d’une belle synergie concrétisée par la naissance de l’association Les Jardins de Valojoulx, 150 adhérents actuellement. L’association joue un rôle d’incubateur pour des jeunes souhaitant se lancer dans l’agriculture. C’est le cas d’Arnaud, 23 ans, et Vanessa, 30 ans. Ils se posent en tant que maraîchers dans des communes voisines après avoir beaucoup appris de Marc. « On les aide dans chaque étape de leur projet ».

L’association a par ailleurs donné lieu à l’ouverture d’un point de vente baptisé La Cabane, juste en face de l’église de Valojoulx. Dans cet espace fait de pierres et de bois, une quarantaine de producteurs proposent 7 jours sur 7 leurs denrées, fruits, légumes, produits du terroir et autres, en libre-service. Les acheteurs fixent eux-mêmes leurs prix. Une certaine idée du commerce de proximité à la fois écologique, solidaire et responsable, chère aux Jardins de Valojoulx. Et ça fonctionne puisque La Cabane, après avoir vendu pour 10.000 € de marchandises en 2021, a dépassé les 60.000 € en 2022 !

Agroforesterie évolutive

Fraises des jardins de Valoujoulx

La foisonnante parcelle de Marc en agroforesterie occupait au départ 3000m² des 2 hectares de son exploitation. Elle s’étend aujourd’hui sur 8000m². Aux côtés d’arbres locaux (cornouillers, érables, saules, peupliers) taillés pour participer au bon fonctionnement de l’écosystème, toutes sortes de fruits et légumes poussent selon les saisons : prunes, coings, pommes, poires, cassis, groseilles, framboises, salades, tomates, des plantes aromatiques et médicinales aussi… Marc procède en permanence à des tests. Il tente les pêches, les baies de goji… « On observe ce qui donne bien ou pas, avec parfois des surprises. On a coutume de dire que rien ne pousse sous un noyer. Les fraises qu'on a plantées en-dessous sont les plus belles qu’on ait obtenues ».

Le résultat le plus surprenant reste peut-être celui constaté au cours de l’été 2022, caniculaire. « Le système agroforestier n’a reçu aucune irrigation et il est resté très vert, quand d’autres parcelles qui ont été arrosées ont brûlé quand même. Face aux problèmes de sécheresse et de manque d’eau que nous rencontrons, on peut légitimement se demander si l’on ne touche pas là un point intéressant. Je ne suis pas en train de dire que l’agroforesterie représente la solution mais elle en fait à coup sûr partie ».  

En tout cas, de la chambre d’agriculture de Dordogne à la Région Nouvelle-Aquitaine, en passant par les écoles d’agronomie (dont l’INP-ENSAT de Toulouse), l’expérience est suivie de près.

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