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Mathieu devant son épicerie
Temps de lecture 7 minutes
actualité

Le Colibric à vrac : quand ténacité rime avec vitalité

territoire

Graves et Landes de Cernès

Dans de nombreux villages néo-aquitains, beaucoup de commerces des centres-bourgs ont fermé. A Beautiran, en Gironde, une épicerie de produits locaux, ouverte il y a trois ans, tient le cap malgré les difficultés financières. Bien plus qu’un commerce de bouche, elle est devenue l’un des piliers de la vie sociale et locale.

Publié le lundi 5 janvier 2026

Il est 9 heures. Le soleil caresse les pierres blondes calcaire de la mairie, de l’église et de l’école communale. Au centre-bourg de Beautiran, des volets s’ouvrent juste à côté de la bibliothèque donnant place de Verdun. Vêtu d’un tablier noir, silhouette longiligne, lunettes et catogan, Mathieu sort panneaux, tables et chaises. De premiers clients surgissent, des mères et leurs enfants. « Nous sommes plusieurs amies à nous retrouver tous les mercredis matin. C’est notre bulle d’oxygène de la semaine. Mathieu nous attrape avec ça, un Capuccino et des viennoiseries délicieuses », s’amuse Elsa, une des plus fidèles clientes de l’épicerie Colibric à vrac. « Ici, c’est aussi une sorte d’extension de mon frigo. J’y viens quasiment tous les jours. Cela me fait sortir de chez moi, rencontrer des gens et parler avec des habitants de projets de façon informelle », liste cette jeune mère de famille qui habite depuis 13 ans dans cette commune. 

Vue de l'extérieur de l'épicerie

Des valeurs humaines et environnementales

Ouverte depuis septembre 2022, l’épicerie de Beautiran, le Colibric à Vrac est devenue l’un des lieux forts de sociabilité du village, fréquentée par près de 200 clients par semaine. Les trentenaires notamment craquent pour l’ambiance familiale de ce café-épicerie proposant charcuterie locale, légumes de petits maraichers de Langoiran et bières locales. Ici, ils font leurs courses, viennent bruncher ou snacker en terrasse. Les habitants y participent aussi à des soirées jeux de société et profitent de divers ateliers proposés par des associations locales qui ont jeté leur dévolu sur ce lieu convivial.  
L’ouverture du Colibric à vrac, il y a 3 ans, a de fait redonner de la vitalité au centre-bourg déserté par les commerces qui ont rejoint dans les années 1990 la zone industrielle. Le seul bar du bourg, lui, avait baissé le rideau depuis plus de 5 ans. Parmi les clientes, Léa et sa sœur Chloé, toutes deux jeunes mamans adorent ainsi se retrouver « chez Mathieu ». « Les enfants y jouent en toute liberté. Mathieu a de la souplesse, ici nos filles se sont faits des royaumes sous les tables avec des coussins. Quelle épicerie et même bar propose cela ? », s’enthousiasment-elles. « C’est aussi un lieu dont on partage les valeurs humaines et environnementales, le lien social, manger bien et sain, avec des produits de qualité. C‘est difficile à décrire tellement c’est la base et tout ça grâce à Mathieu. »    

Produits en vrac de l'épicerie

« Vendre des chips et du coca, cela ne m’intéresse pas »

Autrefois responsable d’une plateforme logistique dans le matériel médical, Mathieu Rongieras s’est lancé dans cette aventure durant la pandémie de Covid. « Je voulais changer de cadre de vie, être plus présent pour mes enfants et plus proche de valeurs telles que le respect de l’environnement », confie-t-il. Après une étude de marché et de prospection, il jette son dévolu sur la création d’une épicerie de produits locaux
« Je ne suis pas un aficionado du bio, mais vendre des chips et du coca, cela ne m’intéresse pas. Trouver des bons fournisseurs, c’est ce qui me plait. C’est pour cela que j’ai eu envie de changer de métier, pour être proche des gens, partager mon enthousiasme sur tel ou tel produit, raconter l’histoire de producteurs tels que Jean-Baptiste qui élève 250 poules en Dordogne, de la factrice de Beautiran, Marine, qui fait son propre miel.... Le goût, avoir des produits qu’on ne trouve pas en grande surface, c’est aussi ma seule arme », ajoute Mathieu, qui aujourd’hui traite en direct, pour 80 % de sa marchandise avec des producteurs locaux
 

le responsable de l'épicerie, présentant ses produits

Une aventure semée d’embûches

Tenir un tel commerce n’est pas toujours cependant un long fleuve tranquille.  Si, à ces débuts, grâce à l’aide de la mairie de Beautiran, il a pu investir une maison désaffectée du centre bourg, « dans laquelle il s’est tout de suite projeté », les délais pour réaliser des travaux se sont éternisés. « Une partie du coût des travaux a été pris en charge par la Communauté de communes et la Région Nouvelle-Aquitaine, mais il m’a fallu, non sans mal, aussi faire des emprunts aux banques. », explique Mathieu Rongieras. 
Au fil des mois devant la difficulté à rembourser, à payer des loyers et à se générer un salaire, l’entrepreneur-épicier a dès lors suivi une formation en gestion et trésorerie, ce qui lui a permis en 2024 de recruter en alternance une étudiante en BTS commerce. « J’ai pu ainsi me dégager du temps pour développer l’activité et lancer de nouvelles animations dont un marché le samedi matin dans le centre-bourg. Un moment fort où les gens se rencontrent, se posent et se parlent. Les habitants, qui m’ont aidé à créer ce marché, tout comme moi, sommes en recherche de cette convivialité », confie Mathieu qui a d’ailleurs reçu l’appui de la population, en juin dernier, lorsqu’il a lancé une cagnotte solidaire pour maintenir à flot son épicerie. 
Ainsi, en septembre 2025, l’épicerie de Beautiran a pu fêter ses trois ans d’existence, en concert et de concert avec tous les habitants qui n’imaginent plus désormais le centre-bourg sans leur Colibric.  
 

L'aide régionale

Dans le cadre du contrat d’attractivité du territoire Graves et Landes de Cernès, la Région Nouvelle-Aquitaine a accompagné la commune de Beautiran dans la création d’un multiple rural au cœur du centre-bourg. Ce projet vise à redonner vie à un bâtiment communal situé sur la place centrale historique du village, à proximité de la mairie, des écoles et des équipements culturels, afin d’y installer un commerce de proximité accessible à tous. L’intervention régionale, mobilisée au titre du dispositif « Projets structurants et immobilier d’entreprises », représente un soutien de 7 000 euros pour un montant total de dépenses éligibles de 21 907 euros HT. Elle permet de financer une partie des travaux de réhabilitation du bâtiment et de l’ingénierie du projet.