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Tourbières : un rôle crucial contre le réchauffement
Modifié le lundi 22 juin 2026
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Souvent méconnues du grand public, les tourbières figurent pourtant parmi les écosystèmes les plus efficaces pour stocker le carbone. Dans les Pyrénées, les chercheurs du CNRS-IPREM suivent leur évolution dans le cadre du projet européen Life Pyrenees4Clima afin de mieux comprendre les effets du changement climatique sur ces milieux fragiles.
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À première vue, une tourbière peut sembler peu accueillante. Sol spongieux, souvent innondé, zones humides difficiles d'accès… Pourtant, ces milieux naturels comptent parmi les écosystèmes les plus précieux de la planète. « Les tourbières stockent environ 30 % du carbone terrestre alors qu'elles ne représentent qu'environ 3 % des surfaces émergées », explique Béatrice Lauga, chercheuse au CNRS-IPREM(S'ouvre dans une nouvelle fenêtre). Un véritable trésor écologique dont le bon fonctionnement conditionne une partie de l'équilibre climatique.
Longtemps considérées comme des espaces marginaux, les tourbières françaises ont été relativement peu étudiées. Aujourd'hui, leur capacité exceptionnelle à stocker le carbone leur redonne une place centrale dans les recherches liées au changement climatique.
La tourbière de l'Auga, un site sentinelle dans les Pyrénées
Dans le cadre du projet Life Pyrenees4Clima, plusieurs tourbières des Pyrénées font l'objet d'un suivi scientifique approfondi. Parmi elles figure la tourbière de l'Auga, à Louvie-Juzon, en vallée d'Ossau. Ce site fait partie des « tourbières sentinelles », des espaces choisis pour observer l'évolution des écosystèmes sur le long terme. « On ne peut pas suivre toutes les tourbières. Nous sélectionnons donc des sites représentatifs qui servent de témoins des changements environnementaux », précise la scientifique. La tourbière de l'Auga présente également l'avantage d'être située à proximité de Pau et de pouvoir accueillir des actions de sensibilisation auprès du grand public et des étudiants.
Des mesures de terrain au laboratoire
Sur le terrain, les équipes du CNRS-IPREM et de l'ANA-CEN ainsi que les gestionnaires des sites, réalisent régulièrement des relevés et des prélèvements. Niveau de la nappe phréatique, températures en profondeur et en surface, pH de la tourbe et de l'eau, échantillons de sphaignes, de tourbe ou encore d'eau interstitielle : autant de données qui permettent d'évaluer l'état de santé de ces milieux. Les prélèvements sont ensuite analysés en laboratoire afin d'identifier les espèces présentes et d'étudier les communautés microbiennes qui peuplent la tourbe. L'objectif est de définir des indicateurs capables de révéler les effets du changement climatique sur le fonctionnement des tourbières.
Le phénomène de captation du carbone s'explique en grande partie par l'activité de photosynthétique des végétaux mais aussi celle de certains microorganismes capables de fixer le CO₂. Dans une tourbière en bon état, la saturation en eau et par conséquence, la réduction de la quantité d’oxygène dans la tourbe, ralentissent fortement la décomposition de la matière organique. « Une tourbière fonctionne parce qu'elle est inondée. Cette présence d'eau ralentit l'activité des micro-organismes responsables de la décomposition de la matière organique », explique Béatrice Lauga.
À l'inverse, lorsque le milieu s'assèche sous l'effet du changement climatique ou de certaines activités humaines, la décomposition s'accélère et le carbone stocké peut être relâché dans l'atmosphère sous forme de CO₂. Les chercheurs cherchent donc à comprendre quels micro-organismes interviennent dans ces mécanismes et comment leur activité évolue en fonction des conditions environnementales.
Des éponges naturelles à préserver
Au-delà de leur rôle dans le stockage du carbone, les tourbières rendent d'autres services précieux. Elles contribuent notamment à la gestion de l'eau en absorbant d'importantes quantités lors des épisodes pluvieux. « Il faut comparer une tourbière à une éponge. Elle se charge en eau lors des précipitations puis la relargue progressivement », illustre la chercheuse.
Cette capacité permet de limiter le ruissellement et favorise l'alimentation des nappes phréatiques. Ces milieux restent toutefois fragiles. L'assèchement, certaines pratiques agricoles ou encore les anciennes exploitations de tourbe peuvent perturber leur équilibre. À l'inverse, des pratiques de gestion adaptées, comme le pâturage raisonné, peuvent contribuer à préserver leur biodiversité et leur fonctionnement.
Les tourbières stockent environ 30 % du carbone terrestre alors qu'elles ne représentent qu'environ 3 % des surfaces émergéesBéatrice Lauga, chercheuse au CNRS-IPREM
Mieux connaître pour mieux protéger
Face à ces enjeux, les scientifiques cherchent encore à répondre à une question essentielle : les tourbières françaises continuent-elles à stocker du carbone ou certaines ont-elles déjà commencé à en émettre ? « La grosse question aujourd'hui est de savoir comment fonctionnent les tourbières françaises et si elles sont toujours des puits de carbone », résume Béatrice Lauga.
Pour y répondre, un vaste travail d'inventaire est actuellement mené à l'échelle nationale. Un Atlas des tourbières françaises doit prochainement paraître afin de mieux documenter ces milieux, leur répartition et leurs spécificités régionales.
Grâce aux suivis engagés dans le cadre de Life Pyrenees4Clima, les chercheurs espèrent mieux comprendre l'évolution de ces écosystèmes et fournir aux gestionnaires des outils précieux pour les préserver. Car derrière leur apparente discrétion, les tourbières constituent l'un des alliés naturels les plus efficaces face au changement climatique.