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Le printemps des arbres raconte déjà le climat de demain

Modifié le lundi 27 juillet 2026

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Chaque printemps, les arbres livrent de précieuses informations sur l'évolution du climat. Dans les Pyrénées, les forestiers suivent avec précision le moment où les bourgeons s'ouvrent et où les feuilles apparaissent. Un phénomène appelé « débourrement » qui permet de détecter les premiers effets du changement climatique et d'aider les territoires à préparer les forêts de demain.

deux femmes regardant la cime des arbres
Crédit photo CNPF_Capucine Badinier

Voir les premières feuilles apparaître au printemps est un spectacle familier. Pourtant, derrière ce phénomène naturel se cache des données scientifiques importantes. « Le débourrement est un très bon indicateur de ce qui se passe avec le climat », explique Emmanuel Rouyer, responsable du développement forestier territorial au Centre national de la propriété forestière(S'ouvre dans une nouvelle fenêtre) (CNPF). La phénologie désigne l'ensemble des grandes étapes qui rythment la vie d'une essence au fil des saisons : débourrement, floraison, fructification ou encore chute des feuilles. Dans le cadre du programme européen Pyrénées4Clima, les forestiers se concentrent sur une étape en particulier : le débourrement. Facile à observer et directement lié aux conditions météorologiques, il constitue un excellent révélateur des évolutions climatiques lorsqu’on observe son évolution année après année.

Treize années d'observation au cœur des Pyrénées

Depuis 2013, un réseau de 63 placettes de suivi, c’est-à-dire de parcelles forestières choisies comme sites d’observations, a été installé sur l'ensemble du massif pyrénéen, de l'Atlantique à la Méditerranée, en France, en Espagne et en Andorre. Chaque printemps, les professionnels de la forêt y observent les mêmes arbres, appartenant à différentes essences (chênes, hêtres, sapins et pins à crochets), afin de comparer leur réaction aux variations du climat. Les premiers résultats montrent que toutes les essences ne réagissent pas de la même manière. Le chêne ou le sapin peuvent avancer leur débourrement de plusieurs semaines selon les conditions de l'année, tandis que le hêtre reste beaucoup moins sensible  aux variations de météo. « Au départ, je pensais que le hêtre n'était pas une bonne essence indicatrice parce qu'il variait peu entre une année chaude et une année froide. Puis j'ai changé d'avis : si la date de débourrement du hêtre commence à être plus précoce, ne serait-ce qu’un peu, c'est que les évolutions deviennent vraiment marquées », souligne Emmanuel Rouyer. Au fil des années, une tendance se dessine : certaines essences débourrent de plus en plus tôt. Un signal qui confirme que le changement climatique modifie déjà le fonctionnement des écosystèmes forestiers.

une femme regardant la cime des arbres avec ses jumelles
Crédit photo CNPF_Capucine Badinier

Des conséquences bien au-delà des arbres

Un débourrement plus précoce n'est pas, en soi, un phénomène préoccupant. Les arbres bénéficient parfois d'une saison de croissance plus longue. Mais ces changements s'accompagnent aussi d'effets en cascade sur l'ensemble de la biodiversité. « Ce sont les prémices de changements dans nos écosystèmes forestiers », résume Emmanuel Rouyer.
Des saisons de végétation plus longues favorisent par exemple davantage de cycles de reproduction chez certains insectes. Les scolytes, ravageurs bien connus des forestiers, peuvent désormais effectuer jusqu'à quatre cycles de reproduction certaines années, contre deux, rarement trois auparavant. Une pression supplémentaire pour des arbres déjà fragilisés par les sécheresses ou les fortes chaleurs. Les suivis mettent également en évidence des pertes de vitalité plus marquées sur certains secteurs des Pyrénées, notamment sur le versant méditerranéen français. Pour les scientifiques et forestiers, ces observations constituent autant de signaux d'alerte qu'il convient de suivre dans la durée.
 

deux femmes regardant la cime des arbres avec des jumelles
Crédit photo CNPF_Capucine Badinier

Mieux préparer les forêts de demain

Ces observations ne servent pas seulement à comprendre les effets du changement climatique. Elles permettent aussi d'anticiper les adaptations nécessaires pour préserver les forêts et les nombreux services qu'elles nous rendent : stockage du carbone, préservation de la biodiversité en offrant un refuge à de nombreuses espèces animales et végétales, de la ressource en bois ou encore une protection contre les risques naturels. Les données recueillies alimentent déjà les réflexions des gestionnaires forestiers des différents versants des Pyrénées. À terme, elles seront complétées par les images des satellites Sentinel ou du radar, capables de suivre l'évolution de la végétation à grande échelle pour les essences feuillues. Les données recueillies ces 13 dernières années au cours de différents projets (Observatoire Pyrénéen du Changement Climatique, CANOPEE, ACCLIMAFOR) servent d’ailleurs à calibrer les modèles qui sont aujourd’hui développés dans le cadre du projet Pyrénées4Clima.


« Le plus important, c'est de disposer de séries d'observations suffisamment longues pour distinguer les vraies tendances des simples variations d'une année sur l'autre », rappelle Emmanuel Rouyer. 
Car, en forêt plus qu'ailleurs, les changements s'observent sur le temps long. Chaque printemps apporte une nouvelle pièce au puzzle, indispensable pour imaginer des forêts capables de résister au climat de demain.

 

Un projet transfrontalier pour adapter les Pyrénées au changement climatique

Pyrénées4Clima est un projet européen qui réunit des partenaires français, espagnols et andorrans autour d'un objectif commun : mieux comprendre les effets du changement climatique sur le massif pyrénéen et accompagner l'adaptation des territoires. Dans le domaine forestier, les travaux portent en particulier sur deux axes : 

  • le suivi de la phénologie, l'état sanitaire des peuplements et l'évolution des aires de distribution des essences
  • la mise en place de living labs, visant à développer la bioéconomie circulaire, en particulier le lien entre production et utilisation de bois en circuit court.

    Les connaissances acquises permettent d'orienter les stratégies de gestion et de renforcer la résilience des forêts face aux changements en cours.
     

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