Actualités

À Eymet, le Moulin se réinvente en tiers-lieu

Modifié le lundi 28 septembre 2026

5 minutes de lecture

Après plusieurs décennies de fermeture, le Moulin d’Eymet, au bord du Dropt, en Dordogne, ouvre une nouvelle page de son histoire. Dans cette ancienne minoterie installée au bord du Dropt, un tiers-lieu alimentaire, créatif et écologique vient d’ouvrir ses portes.

vue du moulin et du plan d'eau
Crédit photo Le Moulin d'Eymet

Construit au XIIIe siècle, le moulin a longtemps occupé une place centrale dans la vie économique d’Eymet. D’abord moulin à farine seigneurial pendant plus de cinq siècles, il devient ensuite une minoterie industrielle avant de fermer définitivement ses portes en 1989. En 2012, l’architecte Alain Poinsot rachète le bâtiment et entreprend d’importants travaux. À son décès, en 2014, les nouveaux propriétaires créent l’association Le Moulin d’Eymet(S'ouvre dans une nouvelle fenêtre) pour préserver le lieu. Désamiantage, rénovation des planchers, installation des réseaux, création d’une cuisine et de sanitaires : le projet avance progressivement. Autant d’étapes nécessaires pour permettre d’être à nouveau accessible aux habitants…

banquet lors de la journée de la biodiversité au Moulin d'Eymet
Crédit photo Le Moulin d'Eymet

De la sauvegarde du patrimoine au tiers-lieu

Les nouveaux propriétaires du bâtiment sont alors confrontées à une question simple en apparence : que faire de ce lieu ? La volonté de préserver le moulin et d’en faire un lieu collectif est là, mais encore faut-il lui trouver une nouvelle fonction et un modèle économique viable. En 2023, accompagnée par la Coopérative des Tiers-Lieux(S'ouvre dans une nouvelle fenêtre), l’association organise une concertation avec les habitants et les acteurs socio-économiques du territoire. Puis, le projet prend une nouvelle direction en 2024, avec l’accompagnement d’Émergence Périgord(S'ouvre dans une nouvelle fenêtre), incubateur de projets autour de l’ESS (Économie Sociale et Solidaire). « Grâce à eux, nous avons pu déterminer les domaines qui permettraient une adéquation forte entre l’identité collective de cet ancien moulin à farine et les besoins actuels des habitants », explique Laure Poinsot, co-présidente de l’association. L’objectif devient clair : créer un lieu « nourricier » dans le sens large du terme, permettant aux producteurs et artisans locaux de vendre leurs produits, de mutualiser des espaces ou de développer de nouvelles activités. Un habitant peut aussi proposer un atelier, un projet culturel ou faire découvrir un savoir-faire. « Si quelqu’un arrive avec une idée, on regarde si elle entre dans notre projet et comment on peut la faire vivre », précise Caroline Mac Sweeney, co-présidente de l’association.

  • atelier cuisine avec des légumes du jardin
    Crédit photo Le Moulin d'Eymet
  • atelier floral
    Crédit photo Le Moulin d'Eymet

Manger, créer, échanger

Ouvert depuis mars 2026, le tiers-lieu propose aujourd’hui une boutique. Celle-ci met à l’honneur des produits d’agriculteurs et d’artisans installés dans un rayon d’environ 40 kilomètres autour d’Eymet. Dégustations, démonstrations et ateliers permettent de créer un lien direct entre producteurs et habitants. Le projet s’appuie notamment sur l’AMAP des Deux Rives et plusieurs artisans locaux.

Le café associatif anime le lieu avec des ateliers de cuisine, de nutrition ou de fabrication. Le lieu accueille également expositions, concerts et conférences. « L’idée, c’est vraiment de mélanger les publics », souligne Agathe Ossard, responsable du café-boutique. Des partenariats avec les acteurs locaux permettent aussi de toucher de nouvelles personnes, comme par exemple, à travers des ateliers organisés avec le Secours populaire. Le tiers-lieu entend profiter de la diversité d’Eymet, entre habitants à l’année, résidents secondaires et visiteurs français et étrangers. « On ne veut pas créer un lieu pour un public en particulier. On veut créer un endroit où les gens peuvent se rencontrer », insiste Laure Poinsot. Cette volonté de faire réseau dépasse les murs du bâtiment. Le Moulin travaille ainsi avec les associations, producteurs, artistes, établissements scolaires et autres acteurs du territoire.

vue de la boutique
Crédit photo Le Moulin d'Eymet

La biodiversité à l’honneur au bord du Dropt

Le Moulin bénéficie d’un environnement naturel privilégié. Installé sur une presqu’île, au bord du Dropt, le lieu offre un terrain propice à la sensibilisation à la biodiversité. Des idées sont déjà à l’étude pour permettre aux habitants de mieux découvrir la faune et la flore présentes autour du moulin. Le projet prévoit par exemple un jardin partagé de 150 m² et un espace de compostage. À terme, l’ambition est notamment de créer un parcours pédagogique autour de la biodiversité et de la végétation des berges. « On veut que les habitants puissent se réapproprier cet environnement et comprendre ce qui les entoure », explique Olivier Noël, l’un des dirigeant de l’association. Là encore, le principe reste celui d’un projet construit avec les habitants. Le jardin partagé doit ainsi être imaginé collectivement.

Après la rénovation et l’ouverture au public, reste à assurer la pérennité du lieu. « Le bénévolat est indispensable, mais on ne peut pas tout faire reposer dessus », souligne explique Laure Poinsot. L’équipe travaille donc à diversifier ses ressources et à consolider ses partenariats.
Après plusieurs décennies de fermeture, le Moulin a retrouvé une nouvelle vocation. Plus qu’un bâtiment restauré, il devient progressivement un lieu de vie, de rencontres et d’initiatives.

L'aide régionale

Pour accompagner le démarrage du tiers-lieu, la Région Nouvelle-Aquitaine a apporté un soutien de 50 000 euros, réparti sur deux aides de fonctionnement et d’investissement. L’aide de 35 000 euros en fonctionnement a contribué au financement d’un premier poste de coordinateur, nécessaire à l’animation du lieu. L’aide de 15 000 euros en investissement a participé au financement de l’aménagement intérieur, des ateliers ponctuels de transformation, des équipements du café et de la boutique ainsi que des espaces extérieurs. Inscrit dans la thématique régionale des nouvelles formes économiques, le projet est identifié comme un tiers-lieu nourricier. Il contribue également aux ambitions de Néo Terra, notamment en matière de transition agroécologique et alimentaire et d’ancrage des solidarités.

À lire aussi